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vendredi 5 juin 2020

Plus rien ne devait être comme avant et voici que tout recommence


Des énervés éructent dans des porte-voix. Des reporters des luttes sociales en diffusent les images en direct sur des réseaux dits sociaux et des ânalystes ânonnent doctement en boucle dans les postes de télévision. 
Le voici donc le monde d'après.
Les esprits savants l'avaient prédit : "plus rien ne sera jamais comme avant cette épidémie : il y aura un avant et un après". Je ne vois pas encore la différence.

Les révolutionnaires du monde juste avant étaient en jaune, ils criaient à l'injustice et des petits bourgeois masqués enflammaient les centres-villes aux côtés de racailles en survêtement. Ceux du monde juste après sont en couleur, ils crient à l'injustice et des petits bourgeois masqués enflamment les centres-villes, accompagnés de racailles en survêtement.

Et tous ces courageux révolutionnaires s'en retournent chez eux consommer à outrance en dépit des milices présupposées fascistes, des violences policières et des hordes racistes.
La lutte se poursuit sur Twitter à coups de hashtags et les souris accouchent d'une montagne qui leur masque l'horizon. 



Le monde d'après qui vient est déjà là. Il se repaît des divisions et des haines recuites. Il se défie de l'intersectionnalité et de la lutte des sexes comme de celle des races et de la tectoniques des plaques. Il lui suffit que circulent librement les êtres et les biens ; les premiers au services des seconds.

Emmuré pour la Première Guerre Mondiale  de l’Asepsie, chacun avait pu introspecter son surmoi en vue de déterminer ses responsabilité dans une infection planétaire. Des voix s'étaient élevées pour appeler à circonscrire les activités humaines aux frontières des pays et de la raison. 

Et chacun d'opiner entre deux séries Netflix sur des écrans made in China, le fessier enserré dans des nippes cousues par des mains d'enfants bengalis. Et sonnait à la porte le livreur sous-payé Uber-eat, ou celui d'Amazon... Surtout, ne jamais cesser de consommer.

Le monde d'après est là. Il cultive sa mythologie nourrie de monstres à tête d'homme. La crainte rassemble le troupeau sous la houlette du berger. Sans loup pas de troupeau protecteur ni de pasteur tout-puissant. 

mercredi 3 juin 2020

Émeutes et violences, la toile de fond de la fabrique des bâtards est celle du quotidien


De la violence au quotidien, la France a glissé dans l'état insurrectionnel permanent. La sécession territoriale sera l'étape suivante, sous un vocable plus acceptable, probablement à la faveur d'une réforme institutionnelle décentralisatrice.

Il m'a donc semblé inévitable que la fabrique des bâtards, qui prenait le parti d'un récit dystopique, s'affiche en surimpression de cette ambiance chaotique. L'exode, les combats, la guerre civile et tout ce qui accompagne le déroulé de l'action se sont inscrits entre les lignes comme le décor d'un tableau. Je n'ai pas souhaité m'en expliquer dans le livre qui n'est pas une tribune politique, afin d'en maintenir la tension à travers les chapitres, mais voici en quelques lignes les réflexions qui ont conduit mon choix.

En un demi-siècle, je crois, dans toutes les zones périurbaines de France, une population exogène s'est substituée à des natifs qui, eux-même n'étaient que les enfants et petits enfants de l'exode rural. Au lumpenproletariat européen massivement déplacé au nom du progrès et du modernisme, pour une industrie aujourd'hui délocalisée, a succédé, dans les banlieues, les déclassés de la migration de masse. 

Une misère chasse l'autre, toujours attirée par l'Eldorado. Mais personne n'a souhaité anticiper les particularismes des nouveaux venus.

Dans les territoires dortoirs suburbains situés à l'écart des circuits économiques productifs s'est développée une sous-société dont les deux mamelles sont les aides sociales et le marché parallèle. Comme toute société moderne fondée sur la croissance, ces îlots sont soumis à des règles du commerce nécessitant une extension sans fin vers de nouveaux marchés, des espaces à conquérir, des âmes à dominer.

Ces quartiers fonctionnent en micros-états, dotés de leur propre police, de leurs coutumes et de leurs frontières. Ses habitants en ont écrit une histoire commune construite à rebours de celle de la France et dont la légitimité est entretenue à des fins politiciennes. Et il n'est plus légal d'en contester le bien-fondé.

Y rétablir l'ordre républicain reviendrait à y assécher d'un coup l'économie et à priver une partie non négligeable de ses habitants de l'essentiel de son confort.
Encore faudrait-il être à même d'y parvenir, car y pénétrer sous couvert de la cocarde tricolore constitue un cas d'ingérence et une déclaration de guerre.

Il faudrait se pencher plus en détail sur ce qui rend impossible la réintégration de ses banlieues perdues par la République. Il y a tant à dire sur ce phénomène devenu un cas de discorde nationale. 

La première raison de cette incapacité est la révolution permanente ou son avatar moderne, un progressisme éperdu voué à la conquête incessante de l'individualisme absolu. Les autres - l'électoralisme, la réalité économique et la sécurité - ne sont en fait que secondaires et découlent des fondamentaux idéologiques du régime républicain.

Cette République aura beau brader autorité et souveraineté et favoriser des enclaves autonomes - comme je le pressens - elle devra sans cesse s'opposer aux visées expansionnistes des caïds qui y règnent et ont pour nécessité de gesticuler dans des aurores enfumées pour mieux asseoir leurs baronnies éphémères. 

mardi 2 juin 2020

Partir, c'est mourir un peu, pour l'honneur des Romanov


Dans la nuit du 16 au 17 juillet 1918 était perpétré le massacre de la famille impériale russe : Nicolas II, son épouse Alexandra, leurs filles Olga, Tatiana, Maria et Anastasia, et leur fils Alexis. L'histoire n'est plus à réécrire à ce sujet. Les circonstances de ce massacre épouvantable sont largement connues : l'empereur déchu abattu en premier puis son épouse, dans une cave ; le tsésarévitch rampant vers la sortie achevé à coup de baïonnette, ses sœurs exécutées tout aussi sauvagement.

Un portrait intime de la famille impériale

Cet événement prend une dimension plus terrible encore à la lecture de "Partir c'est mourir un peu". Le roman historique d'Alexandrre Page ne relate pas la tuerie d'Iékaternibourg. Il raconte les années qui ont précédé la révolution soviétique du point de vue d'un proche de la famille impériale russe : le professeur d'Allemand Igor Kleinenberg. Le narrateur de ce récit est à la fois observateur extérieur et témoin impliqué. 

Avec lui, le lecteur s'éprend petit à petit des enfants Romanov. Il se laisse séduire par les espiègleries d'Anastasia. Il devine en toute pudeur les premiers émois d'Olga et de Tatiana, avec les jeunes marins du Standart, le yacht impérial, puis, plus tard, pour ces jeunes officiers blessés qu'elles soignent au quotidien. Il s'inquiète pour Alexis, si souvent malade en raison de son hémophilie et pour Alexandra, elle aussi de santé fragile.

Un voyage nostalgique

Aux côtés de Herr Kleinenberg, les événements, petits et grands de la vie des Romanov dessinent le portrait d'une famille non pas ordinaire, mais extraordinaire dans sa simplicité et de par la générosité de ses membres. Alexandra, décriée par l’aristocratie et la bourgeoisie de Saint-Petersbourg en raison de ses origines allemandes était tout-entière dévouée au peuple russe. Nicolas II dans la tourmente du conflit mondial prenait fait et cause pour son armée, conscient des carences de son état major et de son administration.

Si "partir, c'est mourir un peu", lire c'est partir beaucoup, quand il s'agit d'embarquer pour un voyage littéraire aux confins de l'Europe, quand l'aube des temps modernes devient le crépuscule d'une civilisation. 

Alexandre Page livre là un remarquable travail d'historien que l'on prend plaisir à lire. 

Deux chroniques [sympas] en même temps : j'ai eu mon instant résultats du bac

Deux chroniques sympa en même temps, c'est trop d'un coup. (CC)

Coup sur coup, deux aimables chroniqueuses se sont penchées sur mon modeste chef-d'oeuvre ; modeste parce qu'il faut toujours être modeste, chef- d'oeuvre, dans la mesure où je n'en ai pas d'autre à proposer. Et donc ces deux aimables lectrices ont remis leur chronique à quelques heures d'intervalle.

Comme à l'accoutumée, je me suis précipité le cœur battant, à l'instar d'un bachelier, fin juin, en bas du lycée, le jour fatidique ; un instant délicieux qui manquera à jamais à la promotion Covid-19.

Je remercie donc ces aficionadas de la lecture qui font le sel de l'univers de l'auto-édition et sans qui rien ne serait possible. Il convient de leur laisser la parole, sans n'y rien ajouter.

L'auteur a su me faire retourner à la lecture (Solène)


" Tout d'abord, je tenais à remercier l'auteur pour deux choses, d'une part de m'avoir contacté pour son livre et d'autre part d'avoir pris en compte mon état, et d'avoir décalé la date de délai. [Serviteur; NDLR]

Depuis jeudi, j'ai donc ma nouvelle liseuse et j'ai pu me plonger dans le livre de Magnus Latro, qui m'a tenue en haleine du début à la fin et cela faisait longtemps que je n'avais pas réussi à me plonger comme cela dans un livre [On ne m'avait jamais écrit quelque chose d'aussi gentil depuis longtemps].

L'auteur a donc su me faire retourner dans la lecture car dans ce livre le suspens est haletant avec cette dystopie politique. Vous allez me dire : mais qu'est-ce qu'une dystopie?" eh bien c'est un récit de fiction qui décrit un monde utopique sombre.

Dans son roman, l'auteur aborde le sujet de la coparentalité partagé mais surtout une une vision assez effrayante de notre société actuelle.
Je ne voudrais pas en dire trop afin de ne pas spoiler et ce livre est à découvrir ainsi que l'auteur qui est d'une gentillesse incroyable.

Alors merci Magnus Latro pour ce bon moment de lecture "
Note :
/4

Un roman à conseiller aux amateurs de dystopie, pour Océane


" Comme à mon habitude, je n’avais pas lu le résumé de ce livre avant de le commencer afin de ne pas avoir d’à priori sur cette histoire. [quelle curieuse idée ? NDLR]
Il s’agit d’une dystopie, ce que je lis très peu. En effet, je peine un peu à me projeter dans l’avenir et les dystopies sont, pour moi, très abstraites.


" Celle-ci semble se situer dans un futur très proche. Dans ce roman, on parle notamment de la gestation pour autrui vue différemment et des évolutions de l’immigration en France. Un sujet assez politique donc, et je dois avouer que je ne m’intéresse pas vraiment à la politique…

Je ne pourrai donc pas vous dire que j’ai adoré ce roman, néanmoins j’ai trouvé que les personnages étaient tous bien développés, qu’ils soient principaux ou secondaires. On comprend rapidement leur point de vue et on peut s’identifier à eux. Les scènes d’action sont également bien décrites, on comprend ce qu’il s’y passe. 

"J’ai également été surprise de l’imagination de l’auteur pour avoir une idée d’une histoire comme celle-ci." [Merci pour lui, NDLR]

J’ai trouvé que l’histoire peinait à démarrer au cours des premières pages. Finalement, je pense que ces descriptions sont nécessaires afin de comprendre ce qui se joue dans ce roman.

Je vous conseille donc ce roman si vous aimez les dystopies et la politique, je pense qu’il vous plaira ! [J'en suis certain pour ma part, NDLR]" 

Note : 12/20 

vendredi 29 mai 2020

Une [bonne] critique en demi-teinte qui passe à côté d'un [gros] détail

Les critiques (CC : Irina/https://www.flickr.com/photos/repolco/)

Krys Aline, qui tient le blog littéraire Bouquinista, n'a pas franchement adhéré à la ligne de la fabrique des bâtards. Mais elle a eu l'élégance de faire la part des choses dans la recension qu'elle a publiée sur Babelio. Ce qui donne une chronique flatteuse (à mon goût), en dépit de l'expression d'une profonde réticence à l'égard de mon parti pris. 

L'exercice était acrobatique, j'imagine. D'ailleurs, Krys Aline l'a exprimé en préambule : "je suis très embêtée pour noter cette dystopie thrilleristique très politisée." Et cet embarras se ressent à la lecture de sa critique qui oscille entre une appréciation positive de la facture du roman, et un franc désaccord avec son message politique.

Je regrette juste qu'elle ait interprété à contresens un élément du récit. Pour notre chroniqueuse, l'attribution de l'enfant à un couple homo était superflue et donc porteuse d'un jugement de valeur sur l'homosexualité. Or il n'en est rien.

A retenir

Je retiens donc avant tout du travail de Krys Aline que :
" le style est enlevé et trépidant. Il n'y a pas de temps mort et les rebondissements se succèdent rapidement (parfois trop pour moi !). "

On a droit à un roman d'action où il y a vraiment de l'action pure et dure. de la baston, de l'hémoglobine à qui mieux mieux, des tueurs, des justiciers, les bons et les méchants." 
Mais aussi que " le roman est bien mené et arrive à nous montrer combien les hommes politiques sont corrompus et corruptibles. Combien l'opinion publique est malléable et manipulable..." 

Pour le reste, il s'agit de points de vue, d'une chroniqueuse qui a eu l'élégance d'en faire fi. Il serait inconvenant de le remettre en question.

Une interprétation mérite une précision

Mais il demeure ce qui est pour moi une erreur d’interprétation. Krys Aline interroge dans sa chronique : "était-il capital de souligner que l'enfant a été attribué à un couple d'homosexuel ?" Et elle trouve comme réponse : "Hum… oui, si on considère en effet que les homosexuels ne sont pas des gens tout à fait « normaux » et donc pas aptes à élever un enfant..."

Ce qui revient à me prêter un propos qui est tenu par certains personnages du roman, mais que d'autres récusent. 

Chère Krys, il existe une raison objective à ce que l'enfant soit attribué à un couple gay. Sans cela, Mélanie serait ressortie de maternité avec un enfant. Et l'histoire se serait arrêtée page 30... Vous pourriez me rétorquer qu'un couple infertile aurait fait l'affaire. Mais, dans ce cas, rien n'aurait justifié à ce point la promotion assurée à l'événement et tout le tintouin politique.

mardi 19 mai 2020

Le jour où j’ai cru que j’allais trouver un éditeur

Décider de publier son travail, c'est commencer par le relire, le corriger, le ré-écrire et consommer des tonnes de papier. (photo : CC Drew Coffman)

Si votre cousin vous raconte un jour qu’il écrit des romans, comme ça, pour le plaisir, mais que jamais il n’a songé à les publier, ne le croyez pas. Ne l’encouragez pas non plus. Nous sommes bien trop nombreux. 

Je n’ai jamais cessé d’avoir en parallèle de mon métier une activité de production romanesque et d’écriture d’invention. Ça venait comme ça. Il fallait que ça sorte. Une fois couché par écrit, ce n'était pas assez bon et je refermais la parenthèse. Tous ces embryons de romans, je les ai chacun imaginés reliés dans de belles couvertures, au moins un instant, jusqu'à ce que retombe la fièvre. La plupart a fini dans les limbes des récits inconçus pas même avortés, juste rêvés. Il en subsiste pourtant.

J’ai ainsi de côté au moins trois romans inaboutis dans mes archives. Du premier, j'ai même oublié jusqu'à l’histoire ; il est resté dans un vieux mac qui ne démarre plus – qu’il repose en paix. Un autre serait presque achevé, si je ne le trouvais à réécrire. Un dernier, enfin, débuté voici peu, me semble prendre bonne tournure ; merci le confinement. 

Objectif publication


Ma décision d’achever la fabrique des bâtards est venue d’un besoin impérieux de partager ce récit. C’était quelque chose de fort, d’inexplicable aussi. Le printemps pointait son nez entre deux averses. J’ai apporté la touche finale au roman et j’ai entrepris de le relire, de le corriger, de le re-relire, de le re-corriger, puis de le relire et encore et encore ; un travail de moine, épuisant, qu’il faut sans cesse recommencer. 

Mi-septembre le tapuscrit ressemblait à quelque chose de fini. Encore une relecture et de nouvelles corrections, puis la sortie des exemplaires. J’avais sur ma table trois piles de feuilles imprimées selon les desiderata du monde de l’édition : recto seul, corps 12, marge conséquente ; autant dire une ramette et demie de papier A4 80g…
 
Allez relier ça ! Je n’arrivais déjà pas à aligner les feuilles convenablement. 

Même l’employé de la papeterie s’est arraché les cheveux. Des thèses de 100 pages, il avait fait, mais des manuscrits de 280 feuillets, il ne savait pas en venir à bout. Au bout de 6 volumes, j’ai choisi de trouver une alternative à la coûteuse solution. C’est ainsi que je suis passé expert ès reliure en dos carré collé, une expérience que je vous partagerais volontiers si vous me le demandez.

Les 25 premiers exemplaires


J’ai ainsi fabriqué, de mes mains, une bonne vingtaine d’exemplaires de manuscrits de mon roman. 25 fois 280 feuillets font 7000 feuilles, soit 14 ramettes… Un investissement, qu’il a fallu envoyer par la poste, à près de 7€ le courrier suivi… A ce prix, j’ai renoncé à l’option retour des épreuves. 



Je les ai posté deux par deux, ou par trois ; pas tous ensembles. C'est que ça prend du temps la reliure artisanale et il y a eu des ratés. A chaque envoi, au moment de glisser la grosse enveloppe en papier kraft dans la boîte jaune, le même pincement au cœur, le sentiment de lâcher une bouteille à la mer, de prendre le large, de se livrer nu comme Job et l'attente.

Sur les 25 éditeurs destinataires de mon chef d’œuvre, une vingtaine a répondu, dans des délais plus ou moins longs, de 3 semaines à 6 mois. Tous sont passés à côté du best-seller. 

Je n’ai pas attendu tous ces retours pour m'interroger au sujet d'une version numérique. Je l’avais envisagée, en particulier après mes expériences de micro-édition locale, mais j’avais survolé le sujet. En dépit des très nombreux partages d’expérience qui existent, il est très difficile de comprendre comment fonctionne cet univers. Je le découvre pas à pas.

Une fois le livre chargé sur les plateformes, le plus dur reste à faire : le faire connaître et le vendre. Car, contrairement à ce que raconte votre cousin, un roman, c’est fait pour être lu.